Le carrefour auquel nous en sommes arrivés tous ensemble, cette humanité qui se débat depuis les origines dans des contradictions puissantes toujours irrésolues et qui s’aggravent dangereusement, pourraient signaler la fin de l’aventure. Disons que cela pourrait être l'occasion unique de comprendre enfin et de façon tangible à quel point notre avenir est intimement relié à la place et à l'importance que nous sommes capable de donner à ce qu’on appelle la culture et ce qu'on appelle l'art.

Comme toujours l'être humain a besoin de toucher le fond de l’abîme pour retrouver le sens de l'essentiel. L'éducation populaire, est une extraordinaire utopie en actes fondée sur le fait que chaque être est porteur d'un savoir particulier, d'une fibre artistique propre (raison pour laquelle chacun est concerné par l'art). Cette conception généreuse et profonde de la place du geste artistique dans la société humaine, cette antithèse de la pensée malrausienne d'un univers artistique campé dans un Olympe surplombant, répandant ses bienfaits sur le peuple, est né comme tous nos systèmes de solidarité, nos services publics, après l'un des plus effroyables massacres de l'Histoire.

On peut donc imaginer que ce moment où des désastres depuis longtemps redoutés s'abattent sur le monde est l’occasion unique et absolue d'une prise de conscience des dangers mortels que nous encourons.  Et l’on ne pourra pas éternellement croire que ces dangers sont uniquement d'ordre environnemental et climatique. Il faudra bien qu'on en arrive à la perception d'une imminente désagrégation de l'humanité dans l'homme (cf le philosophe Roland Gori), ce qui implique la construction culturelle des humains.

De quoi parlons nous exactement ?

Nous parlons des lieux, des outils et des espaces temps du symbolique. Nous parlons de la possibilité de vivre des expériences dont le profit est exclu, en dehors de tout esprit de consommation, très loin de la notion de divertissement. Nous parlons de l’expérimentation des langages et de leur invention. Nous parlons de ce qui, en vérité, constitue l'être humain en le distinguant de tous les autres êtres vivants, la capacité à créer des mythes, à raconter des histoires, à figurer ou dire par des symboles ce que la raison raisonnante est incapable d'exprimer. Et nous disons que pour cela il faut des lieux, il faut des moments, il faut des outils, des alphabets, et le partage d'une certaine croyance. Nous voulons retrouver, au-delà d'un intitulé qui sonne de façon désuète, le sens profond et intemporel du geste de l'éducation populaire dans lequel, comme le disait Jacques Rallite chacun est un expert du quotidien, pour que nous en devenions les inventeurs.

Passer du geste à la parole et de la parole au geste, c'est ce que nous faisons déjà depuis un certain temps en suivant ce fil jusqu'à la production d'une installation et/ou d'une édition.